police se reforme ( 10 avril 2007)

Publié le par henry padovani

Police se reforme et le monde entier est content.
Police se reforme et, comme toujours, y en a qui cherchent des raisons .
Police se reforme et comme toujours la plupart de gens ne connaissent et ne voient dans un groupe que le succès qui l'a entouré. Les gens croient que, dés que Sting s'est mis à écrire des chansons, ça a été le jackpot.
Police se reforme et les gens me demandent ce que , moi, j'en pense.
Evidemment, j' ai mon mot à dire et, si souvent les journalistes veulent me parler, c'est que soit ils n'ont pas accès à Sting, Stewart ou Andy, et donc je suis un article 'bon marché' et facile à obtenir, soit ils aimeraient que je sois le scoop du mec aigri, amer ou déçu.
Lorsque je leur explique que toute ma vie je n'ai eu que de l'amour, de la solidarité et de la joie pour le succès de Police, ils ne comprennent pas, sont eux-mêmes déçus, déçus de rater un bon article façon ' tabloïd anglais' et évidemment sont renvoyés à la relecture de l'histoire de ce groupe. Ils pourraient et devraient en tirer avant tout une magnifique histoire de solidarité et de ténacité, un exemple.
Ce n'est pas parce qu'aujourd'hui les maisons de disques et les médias propulsent en avant et misent leur argent sur des jeunes artistes qui n'ont qu'un look ou qui ont eu la bonne idée de péter en direct à la télé, que l'histoire du rock et de la pop a toujours compté essentiellement sur les directeurs artistiques pour faire éclore des nouveaux talents ou sur des journalistes pour nous informer de l'arrivée ou de l'existence de stars en devenir.
Bien au contraire, l'histoire du rock n'a pratiquement toujours compté que sur elle-même ou sur le public pour être belle et intéressante. De la même façon que les médias ne pouvaient comprendre Elvis ou de la façon que les maisons de disques ne voulaient pas des Beatles, personne ne voulait de Police.
Evidemment, en 77 ou 78 , tout le monde cherchait les nouveaux Clash ou les nouveaux Sex Pistols et lorsque Police est arrivé, peut être justement, ces découvreurs de talents n'y ont vu que des opportunistes qui voulaient profiter d'un mouvement dans lequel ce groupe essayait de s'infiltrer. Lorsque je ne faisais plus partie de ce groupe, et qu'il était alors composé de Stewart, Sting et Andy, cela n'allait pas mieux. Bien sur Sting avait trouvé en Andy un acolyte et ce nouvel équilibre lui plaisait davantage. Dans la formation précédente, j'étais à la fois la 'caution' punk et un soutien pour Stewart . Moi qui sortait sans arrêt dans tous les clubs de Londres, qui s'était lié d'amitié avec toute la scène punk et rendait compte jour après jour à mes 2 amis de l'impact grandissant de ce mouvement sur les choix de maisons de disques et sur l'attitude des médias, je confortais Stewart dans la direction qu'il avait choisi pour son groupe et qui donc laissait Sting ronger son frein. Sting ne cherchait plus trop à comprendre. Tout ceci le dépassait. Lui, sa priorité était de trouver de l'argent pour nourrir sa famille.
Peut être que Stewart avait raison, peut être pas. Comment être sûr qu' il pourrait s'en sortir avec ce groupe ? En attendant, et même si il aimerait bien voir ce groupe de potes trouver le succès, il ne fermait la porte à aucune opportunité pour améliorer son ordinaire.
La première a été le concert 'anniversaire' organisé par Gong à Paris où chaque ancien membre du groupe devait présenter une formation et où leur ancien bassiste, Mike Howlett, a amené Strontium 90, un groupe à 2 bassistes dans lequel jouaient donc Sting, Stewart et grâce auquel on a rencontré Andy. Andy, plus âgé que nous, qui ne faisait pratiquement que des sessions en studio, a eu envie de rejoindre Police, un peu comme on se prend une danseuse.
Ce concert, assez simple à jouer pour Sting et aussi pour Stewart, avait rapporté de l'argent.
Toujours ça de pris. Quant à Stewart, ça lui donnait un peu d'air. C'était le leader de Police et il se devait de tenir son groupe, surtout Sting qui n'arrêtait pas de nous tenir au courant de ses idées de partir en tournée avec Billy Ocean, depuis que son pote Gerry de Last Exit était devenu son directeur musical et qu'il cherchait un bassiste, ou même de rejoindre un groupe sur une croisière, qui faisait des reprises de standards de rock et de jazz. Du gâteau pour lui..
Bref, tant qu'il y aurait des plans de tunes, Stewart réussirait à tenir Sting.
Le bon plan avec Andy, c'est qu'il avait plein d'opportunités de ce genre. Andy allait chaque année travailler avec un allemand Eberhard Schoener, qui faisait une sorte de rock classique progressif, un genre que les allemands ont toujours prisé, et qui avait carrément disparu du panorama anglais. Ses shows passaient même à la télé allemande. En 2 mois de travail, Andy pouvait vivre 6 mois à la coule en Angleterre. Ca avait impressionné Sting.
Andy a commencer à traîner avec nous, est monté sur scène à quelques concerts et puis a rejoint le groupe.
Un nouvel équilibre est né. Stewart et moi d'un coté, qui tenions au groupe comme il avait conçu dans le contexte 'Punk rock' , et Sting et Andy de l' autre, plus réfléchis, disons plus adultes. Mais bon, si ce nouvel élément n'était pas idéal pour la vision qu'avait Stewart, il nous donnait du sursis. Sting était plus relax et avait changé sa façon d'écrire. Il écoutait Bob Marley à longueur de journée et amenait des trucs différents. Et il amenait des chansons plus rock, comme Visions of the night. Celle-ci nous plaisait beaucoup et on avait décidé de l'incorporer dans le set.
Mais ce nouvel équilibre n'a pas tenu très longtemps. Il est rare que les choses avancent dans l'équilibre. La session avec John Cale a été le détonateur. La dispute qui a eu lieu en studio ce jour là, maladroitement orchestrée par John Cale, a mis en évidence les forces en présence et Stewart, ce jour là, s'est rangé fort justement au milieu. Stewart devait sauver son groupe. dans la foulée, je suis parti. Le groupe a survécu.
Mais voilà encore une alerte. Police continue mais à quel prix.

Le sursis viendra cette fois de Andy qui avait donc des sessions à faire en Allemagne et devait disparaître pour 2 mois. Il avait parlé à Eberhard de son nouveau groupe et de la qualité du jeu de Stewart. Il avait bien sûr essayé de vendre le bassiste –chanteur. Mais Eberhard n'avait de la place que pour utiliser un autre batteur. Une fois en Allemagne, Andy et Stewart ont mis aussitôt la pression sur Eberhard pour prendre tout le groupe qui, depuis qu'ils avaient figuré dans une pub télé d'une marque de chewing gum, avaient maintenant les cheveux teints en blonds. Sus la pression, Eberhard a accepté.

Non seulement, cela faisait rentrer de l'argent, mais c'est aussi Eberhard qui a aidé à façonner d'une certaine façon le futur son de Police, leur demandant de se 'lâcher' sur de longues jam sessions et leur conseillant de travailler et d'improviser la dynamique de leur musique.
L'argent en poche et la pression en moins, Police est rentré à Londres avec l'intention d'enregistrer un album.

Cet album, ils le maquettent. Et lorsqu'ils appellent en studio toutes les maisons de disques et tous les managers de Londres pour l'écouter, tout le monde refuse encore Police.
Tout le monde, sauf Miles Copeland qui, même si il pense qu'ils ont eu tort de se séparer de moi, qui était leur caution 'punk', et qui sent que ce sera très difficile, a confiance dans ce morceau qu'il adore, 'Roxanne', qu'il voit déjà comme un classique.

Miles décide d'aller voir A&M, qu'il connaît bien et avec lesquels il travaille déjà. Il a signé Squeeze chez eux et ils viennent d'avoir un numéro 1 avec 'cool for cats'. A&M ne veut pas de Police. Ca ne les intéresse pas. Ce n'est pas ce qu'ils cherchent. Miles insiste, rame mais finalement obtient un contrat. Un contrat minable mais c'est un contrat. Pas un centime d'avance ! Ils le font pour Miles car ils tiennent à la relation qu'ils ont avec le manager de Squeeze.
Roxanne sort en Angleterre et c'est un .. .flop ! Un bide !Rien ! Mauvaises critiques et aucune radio ne le joue. Les gens d'A&M font bien remarquer à Miles qu'il l'avait prévenu et que c'était couru d'avance, que personne ne veut du groupe de son frère.

Ian, le frère de Miles et de Stewart était parti travailler pour une boite de tournées américaines et depuis quelque temps il essayait d'amener des groupes punks en Amérique. Lui qui venait de passer un an en Angleterre en rentrant du Viet Nam, avait vu tous ces groupes et il adorait cette new wave. Le problème c'est qu'en Amérique personne n'en voulait. Les maisons de disques ne sortaient pas les disques et les medias les ignoraient. Miles tout au contraire y voit là une opportunité. Et si Police partaient tenter leur chance en Amérique ? Ian pourrait booker quelques dates dans des clubs de New York, comme le Max's ou le GBGB's ?
De toutes façons, ici, en Angleterre, c'est râpé. Rien à faire.
Et là, une idée géniale germe dans son cerveau : puisqu' aucun groupe punk n'a réussi encore à aller jouer aux USA, mais que la rumeur parle de ce nouveau mouvement musical qui sévit en Angleterre, puisque cette rumeur aussi raconte que ces groupes n'ont qu'un look mais ne savent pas jouer, pourquoi, avec l'aide d' un Ian tout gagné à leur cause, Police n'irait il pas jouer en Amérique présenté comme 'les grands méchants punks '. Ils ont déjà les cheveux teints en blond, et ça, dans une Amérique conservatrice ça marquerait déjà les esprits et pourrait même faire illusion.
Il va voir A&M à nouveau et leur demande de financer un voyage pour New York. Tout d'abord A&M refuse encore, ne croyant pas du tout dans les chances de ce groupe, et puis, sous les charges constantes de Miles, ils finissent par lâcher 4 billets aller pour New York sur Laker Airlines, la compagnie budget qui vient de se monter. 3 pour le groupe et 1 pour Kim Turner qui ferai le son, le roadie et qui serait le co manager du groupe. Finalement A&M accepte et Miles repart avec une valise pleine de singles ' Roxanne' que le groupe aurait à vendre sur place et qui leur garantirait un voyage retour !
Des fois, c'est dur, n'est ce pas ! Mais lorsqu'on nourrit des rêves de succès, on accepte de se prendre à la place des grandes claques dans la gueule et on doit fermer les yeux à chaque humiliation.
Combien de groupes auraient tenu jusque là ? Combien de groupe auraient accepté de subir tout ça ? Evidemment , lorsqu'on n'est que 3 , ça aide.

Et voilà comment Police est parti en Amérique. Ce qu'il y a de génial, c'est qu'ils on réussi à revenir puisque l'Amérique , elle, s'est pris d'amour pour ce groupe 'punk' qui jouait très bien ( !!) et qu'ils ont, non seulement vendu leurs valises de singles, mais qu'ils ont même gagné des tunes en concert!!! Finalement, ce sont dit les Américains, ces punk rockers savent jouer ! Ils ne s'attendaient pas à ça… Avec tout ce qu'ils entendaient ou lisaient sur cette scène punk anglaise… Ok, leur look, avec les cheveux teints en blond, ça fait 'efféminés', mais sinon, c'est plutôt bien !! On aime !
Enorme !

Lorsqu'ils sont rentrés en Angleterre, avec ce succès en poche et de nouvelles dates déjà bookées en Amérique, Miles a convaincu A&M de retravailler ' Roxanne'.
Cette fois ci, le son a pris et leur histoire a commencé pour de bon.

Alors, quand vous voyez que Police se reforme et va jouer au Stade de France, pensez y !
Arrêtez de me gonfler avec le prix des places ( c'est moins cher que France- Argentine !!!) ou arrêtez de savoir si ils devraient prendre autant de tunes ! Et puis, si vous chante de réfléchir à ça, ne me demandez pas, j'en ai rien à cirer de ce genre d'angoisse.
Je suis content pour tous les gens qui se battent et réussissent. Et sinon, n'y allez pas.
Pensez bien à leurs débuts ! Rappelez vous aussi que ce groupe n'aurait jamais du voir le jour si les maisons de disques et les journalistes avaient eu le mot de la fin !

Ce sont souvent les enfants qui ont une naissance laborieuse qui deviennent les plus battants. Voilà pourquoi on les aiment tant !
En tous cas, pour moi, c'est ainsi. Je suivais pas à pas leur débuts, les encourageant de tout mon cœur jusqu'à leur explosion et jusqu'à aujourd'hui, souhaitant plus que personne qu'ils se reforment. A la face du monde.

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